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Il est de mots qui vous retournent. Qui arrachent toutes les couvertures et vous épluchent le palpitant, ne laissant à nu que l’être primal que nous sommes.
L’enfant qui vient de naître.
John Giorno.

Je ne le connais pas. Jamais entendu.
Ni vu. Ni lu.

Je sors du Palais de Tokyo. Vidé. En harmonie. Le cœur à vif par sa performance.  Une tarte dans la gueule. Boulet de canon qui, dans le sillage incandescent de ses mots, ses gestes, sa bouche, a emporté le surplus. Je suis de nouveau né. Une deuxième fois.

Par les mots.

Une deuxième fois. Par l’image qu’une voix porte.

Je serai une coquille vide. Se remplissant de la vie des autres. De leurs émotions. Eponge imbibée des pulsions grotesques de tous et de chacun.

Traversant leurs auras comme cette balle poétique.

Je recrache le surplus stomacale de mon ressenti.
Et là, aujourd’hui, un vieil homme, filmé, proche de la fin, me remercie pour rien.
Thanks 4 nothing, a-t-il dit.

Sur les planches d’une comédie, à la lisière de sa vie.

Coup de poignard s’enfonçant à chaque mot, chaque syllabe. Se détachant de ses lèvres, en noir et blanc, en costume blanc ou noir. Et retournant l’individu. Broyant l’armure dressée des multiples couches de mon individualité.

Faisant de mon être un fétu de paille rebondissant contre l’humanité de ce monde.

De simples mots.

D’autres. Mots. Encore. Se joignant à ces coups de foudres, de tonnerres.

Ces punchs artistiques.

Je me demandais quelques soirées plus tôt pourquoi l’art ?

Pourquoi l’humain se force et s’efforce de laisser une marque, une peinture mystique et symbolique sur un bout de toile.

Pour que l’artiste vomisse sa peur de disparaître ?

Je n’ai pas peur de mourir.

Je n’ai plus peur de mourir.

De simples mots d’Autre ont su se frayer un chemin, s’insinuant dans mon présent. S’intercalant entre mon passé et ce futur.

Insufflant cette cristallisation intense.

J’ai vécu une vie l’instant d’un poème.

Cette perte intemporelle.

De simples mots qui m’ont fait vivre une vie.

 

Je déambule dans la ville, tout au long de cette exposition. Absorbé par cet homme. A la fois proche et lointain.

Absorbé dans mon monde qui se réaligne. J’ai vécu le temps d’un poème, accroché au verbiage d’un vieil homme.

Magie de l’art.

Je suis à nu. De nouveau.

Et je me fous de l’ouverture que j’ai sur les autres.

 

J’ai vécu le temps d’un poème.

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