Signature

J’ai la tête qui éclate. Une bonne migraine. A l’ancienne. Du genre qui prend possession du corps. Celle qui fait que les muscles ne répondent plus. Ou, une seule chose, ne peut qu’être faite. Poser la tête. Fermer les yeux. Dormir. Oublier. S’oublier.
Le vide.
Et le silence.
Au réveil m’est remonté un bout de discussion. Une interrogation. Avachi sur mon matelas, l’envie d’écrire me prend, j’y réfléchis, entre deux lames de fond, poignards me surinant l’occiput. Avec mes yeux de camé.
La signature. Cette petite marque.
L’établissement de la possession.
La, ma signature.
Fou furieux qui ne décroche jamais. Même au 36e dessous et que mon corps crie grâce, je pense encore. Dors, mon cerveau, dors.
Le maso.
L’idée de ne pas signer, telle que tu me l’as dit, m’intrigue et j’avoue, me choque. Et pourtant, pourtant, j’aime bien.
La musique tourne en fond, rythmique de ma pensée, de mon écriture.
Nothing else matter.
Le hasard du shuffle.
Ne pas signer. Ne. Pas. Signer.
Je n’y arrive pas. A l’imaginer. C’est vraiment profondément ancré. J’ai besoin de marquer cette œuvre. Je me dépouille de presque tout. Utilisant ce trop plein, cette fractur, ce quelque chose que seul ma création m’offre. La confrontation à mon inconscient, à ces forces tangibles qui m’animent et me composent. Apposer mon prénom, puis une partie de celui-ci. Dépouillement d’une partie de mon identité pour n’être plus que cette quasi-syllabe. Cette identité devenu primaire, primordiale.
Et tout cela pour refaire mieux ce que j’ai consciemment charcuté. Me le réapproprier. Ma sensibilité, mélange de mes émotions et mes sensations.
J’admire ta pensée. Aller jusqu’au bout et s’oublier derrière l’œuvre. Ne plus être celui qui fait. N’être que celui qui amène dans ce monde.

« Ah c’est moyen, ça.
– Oui, mais, ça reste un Monet.
– Oh mais regarde, ce Warhol, là.
– Flashy, mais ça doit coûter un paquet de fric, nan ? … »

Alors que sans cette signature, l’œuvre prime. Rien d’autre n’a d’importance. Seulement le véhicule de l’émotion, de l’intellect et de l’animal. Rien d’autre que l’œuvre compte. Juste ce qu’elle offre.
Soi et l’œuvre. Le charnel et l’intellectuel s’affrontant sur les sens que cette œuvre non-signée va faire danser.
Rien que de la sensibilité pure.
Et pourtant je n’y arrive pas.
Ma signature ne se pose pas à la fin de mon travail. Elle ne vient pas quand j’ai fini et que rien ne peut se rajouter ou s’enlever. La mienne, mon nom si simple, s’appose entre deux. Au début de la couleur, avant le ponçage.
Elle s’intègre, disparaît, un peu, se recouvre, parfois. Et reste présente, visible.
J’en ai besoin. Viscéralement. C’est mon nom clamé à la face de l’éternité, de ma disparition physique programmée. C’est moi qui accepte et me réapproprie mon histoire. Mes émotions. Qui valide l’œuvre. Me valide.
Qui accepte ce que représente cette œuvre.
Et lui donne une paternité.
Peu importe au final, que l’’on m’oublie. Que l’on m’adule.
Mon œuvre, ma création, qui s’est nourrit de mon sang, ma sueur, mes rires et mes larmes, prend vie seulement parce que je lui reconnais cette filiation.
Et elle, en échange, elle m’offre le droit de vivre, de vivre cette absurde sensibilité, cette sensation, ces sens et mes émotions.
Et surtout, surtout, de les accepter.

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